lundi 29 septembre 2008

A une passante...

Il est des histoires d'amour que l'on ne commence jamais et qui pourtant, ô paradoxe, ne se sont jamais terminées. Elles vivent encore en nous et brûlent d'un feu inextinguible.

Je me souviens de plusieurs d'entre-elles. C'est un peu l'histoire de toute ma vie, ces histoires jamais commencées et qui auraient changé ma vie et les autres commencées que je n'aurai jamais dues entamer.

Je me souviens de ce métropolitain qui me transportait vers le Cinquième.

Je me souviens du livre que je lisais.

Soudain, un regard, sur moi. Comme une presse.

Je lève la tête, regarde et découvre un adorable condensé de féminité devant moi de l'autre côté de la porte coulissante, qui me sourit de ses yeux lumineux.

Je me retourne, pour voir qui est l'heureux(se) élu(e)...

Derrière moi, personne...

Je me retourne, toujours ce sourire, et tout en me regardant, elle fouille dans son sac et sort un livre...

Le même que le mien...

Il y avait bien peu de chance de rencontrer quelqu'un possédant ce livre là, d'un auteur peu connu, publié dans une maison confidentielle.

Presque aucune...

Le métro s'est arrêté, elle s'est levée, toujours souriante, je n'étais plus qu'une théorie de particules éparses, décomposées, en pleine accélération dans le synchrotron de ses yeux.

Ses yeux n'ont pas quitté les miens...

La porte s'est refermée, le métro s'est ébranlé...

Je ne l'ai jamais revue.

Et pourtant, en moi, son souvenir encore résonne, comme pour bien peu de personnes.

"ô toi que j'eusse aimée, ô toi, qui le savais..."

mercredi 24 septembre 2008

Si...

Si j'étais Gepetto,
Je ne serais toujours pas bien beau,
Vieilli, le dos lourd, les mains usées,
Le visage buriné mais toujours bronzé...

Avant la venue de la maîtresse, je parfumerais mes lèvres à l'Amaretto,
pour donner à mes baisers une saveur sucrée et capiteuse, un parfum nouveau,
qui ferait renaître en la femme mûre et volage,
l'enfant d'avant, si timide bien que peu sage,

Je choisirais le meilleur cuir, la plus belle soie,
L'amour crée certes des liens,
Je préfère les miens...
Je la lierais à mon lit, à un escalier, jamais à moi...

La fenêtre de mon atelier serait ouverte,
A la nuit, tes suppliques seraient offertes,
Et le bruit de nos émois donnerait à la cité,
Comme un parfum sauvage et épicé...

Elle serait alors une égérie, un modèle, un repoussoir,
Pour celles, les autres, les délaissées, les oubliées, les niées,
Elle serait une invite à reprendre la liberté,
L'étreinte n'est ni une ergastule, ni un mouroir...

Son corps, son visage, seraient mon établi,
La moindre de ses aspérités, ses creux, ses plis,
S'offriraient aux coups de mes savants outils,
Et j'aurais du coeur à l'ouvrage, amie...

Je commencerais par là où on n'a jamais commencé,
Son bas droit serait le gant de ma première caresse,
Et puis, souillé de ses flux sacrés,
Je l'enfilerais à nouveau sur sa cuisse avec tendresse...

Je laverais sa toison avec mon meilleur lait, avec les plus grands vins,
Pour goûter le mélange inconnu du profane et des catins,
De son odeur et des liquides agricoles,
Pour ensuite, Barbare, Indien, la souiller de mon sperme frivole...

Qu'écrire du creux de ses reins ?
Aucun chemin n'est étranger à mon apostolat,
Et il est tant, et temps de lustrer de mes lèvres magentas,
Ce pli intime, ce pli étroit, ce creux souverain...

Hélas... Déjà la raison reprend ses droits. Jamais elle n'abandonne,
Et les heures sages leur chant déjà entonnent
Tu n'es pas Gepetto...
Il te manque une Pinocchio...

dimanche 21 septembre 2008

D'Eros à Morphée en terminant par Esculape

Elle dormait.

Moi, je ne dormais plus.

Je me sentais religieux. Je me sentais habité...

J'avais envie de rendre un culte, mais pas à Morphée. J'eusse voulu une autre divinité. Vu mon désir, en effet, Eros me semblait plus approprié.

Elle dormait, du moins, c'est ce que je croyais.

Je me suis approché de son dos, pour me serrer encore plus fort, juste pour savourer le plaisir d'être contre son corps nu.

J'étais tout contre elle, un amant alerte contre sa maîtresse assoupie. Paradoxe nocturne que l'amour pourtant interdit.

Soudain, j'ai senti une de ses mains, prendre mon désir et le guider en elle...

N'était-ce donc pas moi qui dormais et qui rêvais ?

Elle était brûlante, humide, elle m'attendait.

Sans un mot, nous avons commencé notre ronde, sans tendresse, avec fureur, pris par une vigueur animale.

Par le vecteur des élans, elle s'est retrouvée rapidement, perpendiculaire à moi. Nous n'en eûmes cure. Euclide était oublié. Qu'eût-il pu faire devant la force de nos élans et ma main qui agrippait son flanc ? Dans cette tempête, il me fallait bien m'accrocher. J'étais à la fois le radeau et la vague.

Soudain, elle m'a rejeté comme un fétu de paille.

Je me suis retrouvé sur le flanc, comme une bête blessée, mugissant de la douleur causée...

Elle s'est agenouillée. Je compris le message. Je l'ai investie, ainsi, avec une force nouvelle.

Toujours aucun mot, seul l'écho de nos élans.

De plus en plus vite, de plus en plus fort, le lit bougeait avec nous, les draps étaient repoussés...

Tout à coup, elle m'a demandé, elle a exigé, puis, elle a supplié que je jouisse en elle au même-moment qu'elle.

Parfois, j'avoue, je sais être un bon génie. Son voeu fut accordé...

Notre pyramide s'est alors écroulée, elle s'est retournée sur le flanc, comme une bête blessée, à son tour, nos souffles encore hachés.

Nos épanchements intimes avaient suscité des flux qui s'écoulaient libres, encore vivants, tachant les draps après avoir souillé nos deux corps où ils étaient nés.

Ma main reposait sur son ventre, elle tremblait, j'avais chaud.

Nous nous sommes endormis de suite, dans les vapeurs d'Eros, qui toujours, une fois consommées, appellent l'éther de Morphée...

Au matin blême, une pensée troublante, une charmante interrogation... Avais-je rêvé ?

dimanche 14 septembre 2008

J'ose l'émasculation

Et si je m'émasculais...

Et si la prochaine fois, la fois prochaine, d'une main cruelle, d'une main souveraine, je m'émasculais...

Et si je retranchais de moi cette partie qui me fait irrémédiablement homme,

Et si eunuque je devenais, le temps d'un rendez-vous, (rassurez-vous, je ne suis pas encore devenu fou)

Quel beau défi ce serait ! Et pour combien d'hommes une aporie ?

Car j'ai envie de t'aimer sans céder à cette partie de moi, celle qui est mâle. J'ai envie de t'aimer comme le ferait une femme adepte de l"amour qui n'ose dire son nom", sans artifice, ni artefact, ni objet, sans rien d'autre que ce que la nature m'a donné.

T'aimer avec cet arsenal...

T'aimer avec cruauté, car je serai cruel, car blessé.

Ma langue en te caressant ne t'accordera pas le déchirement du plaisir ultime, elle s'arrêtera à temps, ton souffle et ton ventre me le diront, car toujours, sous mon emprise, ils te trahiront, comme ils t'ont trahie...

Je jouerai avec ton bouton, de mille façons, mais surtout de cette façon-là, qui était inconnue de toi, en l'aspirant comme si je voulais l'extirper pour l'avaler et le conserver au plus profond de moi. Je le titillerai, de haut en bas, il sera parcouru, gravi, dix fois, quarante, cent fois, je l'apaiserai, immonde que je serai, de mon souffle, ou je t'aimerai alors de mes yeux...

Je te caresserai comme un païen une idole adulée, de mon regard de profane, de mes yeux de mortel,

J'imprégnerai mon nez de tes parfums, tous, les plus intimes, cette odeur marine, mais aussi les sucs qui s'écoulent sous tes bras, l'eau qui fuit de tes lèvres pétries au four des miennes, tes lèvres seront une farine, mes lèvres seront ton levain.

Et mes doigts et mes mains ne seront pas délaissés, je te les laisserai. Je t'investirai dans tous tes orifices, l'envers et l'endroit, pour te faire chevaucher les destriers du plaisir, et au dernier moment, ma chérie, ils te désarçonneront, tu ne connaîtras la dernière ruade que lorsque je l'aurai décidé. L'eunuque dispose de la reine douairière, relis l'histoire de Chine.

De ton corps brûlant, mes mains souligneront ta géographie. Ils se feront voiles, ils deviendront étoffes, ils seront pinces. Les pics de tes seins n'échappera pas à leur tenaille, tu crieras, en vain, la castration s'accompagne d'une perte de l'audition, tu ne le savais pas, lis donc sur mes lèvres, plus proche, plus près...

Et quand tu ne seras plus qu'une voix, qu'un feu, qu'une supplique, qu'une demande, quand tu seras à genoux, quand tu m'imploras, quand tu me prieras, peut-être, peut-être que tu auras la communion...

jeudi 11 septembre 2008

Les écrins de prose

Je me souviens de la première fois.

Je quittais le collège, elle devait y rester encore une année.

Elle portait, comme prénom, le nom d'une cité de Toscane. Moi qui goûte peu à l'Italie, cela sonnait comme un défi.

Elle était toute imprégnée de cette origine italienne. Un blond que l'on dit vénitien avait, un jour péninsulaire, trempé ses cheveux. Une blancheur de lait calabrais donnait à sa peau un air de parchemin. Et elle portait un nom de Toscane...

J'étais terrorisé, ce jour-là. Elle, très assurée, sereine car certaine.

Je me souviens de tout, comme si c'était maintenant.

Le canapé, des baisers, des baisers. Et puis, elle se lève, sa main tirant la mienne, nous emmenant dans sa chambre d'enfant. Sa jupe verte, à terre, ses collants noirs qu'elle a gardés, le temps que nous nous sommes restés allongés, pour poursuivre nos baisers, son petit pull noir, son soutien-gorge couleur chair, sa culotte en coton blanc...

Aucune tenue pourtant ne m'a jamais autant bouleversé que celle-là, dépareillée, quotidienne, ordinaire, des écrins de prose, moi qui rêvait, déjà, d'étoffes de poésie. J'aurai dû lui voler ces écrins de prose, pour les garder à jamais, dans un cahier de collège, coincés entre deux pages surchargées d'encre violette.

J'ai... non, nous avons retiré ses collants, un peu humides, à un certain endroit, puis ce morceau de coton, qui l'était beaucoup plus, elle m'a attiré en elle, avec un sourire, qui aujourd'hui encore me brûle le coeur, comme un tison ardent la plaie imposée par la tarentule insulaire.

Je me souviens de cette brûlure, de cet étau, de cette chaleur qui m'a envahi, comme transpercé. Je me souviens avoir pleuré. Je me souviens qu'elle m'a serré plus fort, en se taisant, il est des joies orphelines qui ne demandent que le silence.

Je me souviens de ces yeux emplis de moi, tandis que je la comblais de mon désir pour la première fois rangé, où l'anatomie le prescrit. Je me souviens qu'elle m'a dit "il faut bouger", j'étais comme paralysé par le venin de ses yeux, par le poison de son corps. Elle était vraiment florentine, une vraie Borgia.

Dans mon esprit masculin, j'ai retrouvé la mobilité. Je n'ai jamais su si elle avait du plaisir, le vrai, le souverain. Je me souviens à peine du mien. Etait-ce si important ? Ne devions-nous pas nous contenter de l'étreinte ? Je n'en ai jamais rien su, ni avoir jamais rien lu à ce sujet.

Mais, je me souviens d'après.

Car c'était bien, sur le canapé, à goûter des gâteaux sucrés, en buvant une boisson chocolatée.

L'homme, à peine né, ne veut pas quitter l'enfance.

Et pourtant, ce chocolat ne m'a jamais ramené à ce temps-là, ce temps d'avant, quand j'étais au seuil de sa porte, au seuil de ma naissance masculine, elle, qui était déjà une femme...elle, qui m'a fait homme...

mardi 9 septembre 2008

Chasseur de désir

Bien sûr, il faut parfois oser l'indécence.

On peut, on doit, on va, on a joué avec l'indécence. Parfois, souvent, elle est venue en transparence. Sans rien dessous, sans aucune étoffe, ni voile léger, ni même une gaze diaphane, aussi congrue que la moralité qu'il subsistait en son esprit.

Bien sûr, quand la main rencontre sans obstacle le creux intime, la toison adorée, on se sent Jason, on se sent vainqueur, et souverain. Bien sûr, l'émoi est grand, évidemment, l'invitation est plaisante.

La savoir offerte, déjà ouverte, prête à tout, y compris à se laisser investir, d'un trait, d'un coup, d'un seul, d'un jet d'archer, dans l'ascenseur, au pied de l'escalier est divin...

Bien sûr...

Mais j'aime autant le contact de ma main sur un voile qui protège à peine et qui renseigne beaucoup. Je me souviens d'un short diaphane blanc, quelques grammes de soie à peine, sous sa robe noire.

Après tant de baisers et de caresses, ma main est venue la toucher cette étoffe. Elle était toute humide, toute perlée de ce désir qui répandait des parfums comme un encensoir, comme un calice. Ce calicot appelle le sacrifice, la communion.

Et continuer alors à caresser en la pressant, en la parcourant, tandis que les flux ainsi nourris transforment la soie précieuse en un torchon, en une ficelle infâme et laide, qui se tord, qui se fiche dans la faille béante.

Les doigts sont parfois un bien mauvais couturier qui, du noble tissu, font un haillon.

Tandis que le désir dévaste cette digue de convenance comme un cyclone une butée de la Nouvelle-Orléans, le désir y creuse des trous grands comme des tombeaux.

Et alors que nos mains affaissent, enfin, cette digue, et qu'elle s'écroule alors, mouillant à son tour la cuisse de celle qu'elle était censée protéger...

Et prendre d'une main conquérante ce vestige, ce bout de rempart, ce morceau souillé et sali, le renifler, l'hûmer, s'en imprégner et déposer comme un hommage sur les lèvres de celle qui le portait, il y a encore peu...

Non, mesdames, de temps en temps, souvent, s'il vous plaît, gardez ces attributs...

Ils sont comme nos trophées. En tout homme sensible réside un chasseur de désir...

lundi 8 septembre 2008

Comme un écho...

Tu étais dans ce café, devant moi, au fond.

A nos côtés, des Espagnoles.

Un café étroit, parisien, avec des serveurs en livrée.

Tu étais devant moi. Au fond une de ces horribles télévisions, branchée sur une chaîne cablée. Des images pré-digérées. Quelle idée incongrue un tel objet en un tel lieu.

Tu avais caressé ta peau d'un autre parfum. Un parfum, lourd, chargé, capiteux. Tu es une femme, tes essences sont ainsi.

Tom W. n'était pas là, et pourtant, je l'ai vu, sur un piano, avec un bourbon du Kentucky, en train de jouer pour toi et moi.

Sa voix cassée, seule, pourrait chanter notre amour.

Tu étais devant moi, belle comme toujours.

Un cadeau pour moi, qui ne suis que quelconque...

Tom sait ce que c'est, d'aimer quand on n'est pas digne d'un album photo, quand le photographe sur nous jamais ne s'arrête. Il sait ce que c'est. Et c'est pour cela qu'il jouait ce soir là, pour toi et pour moi.

Tu étais pleine de beauté. J'étais ivre de ta beauté. Je caressais ta cuisse sous la table, imperméable au monde et à ses conventions étriquées, et à tes préventions aussi.

Soudain, la raison, ta compagne, notre ennemi commun, a abandonné (un jour celle-là, je la tuerais, d'un coup, d'un seul, avec un glaive rapide, ou un poison perfide ou un mot livide, je ne sais encore...) et ta cuisse s'est rapprochée.

Ta peau douce, ton souffle haché, soudain, tu ne disais plus rien, les yeux grands ouverts, ma main qui te parcourait, tu ne disais plus rien.

Ma main jouait avec l'ourlet, avec le haut de tes bottes, avec le feston et l'ourlet et se laissait griser de la caresse de la gaze de cette étoffe légère sur ma peau et du contraste de ce voile avec la chaleur de ta peau.

Soudain, je t'ai serrée, fort, en haut des cuisses...

Tu as eu un hoquet, comme affolée...

Tu étais à moi, en cet instant...

Ton désir, sans doute, coulait, déjà...

Tes lèvres étaient plus roses, indice qui ne trompe pas.

Et là, d'une voix chargée, tu as appelé l'amant en moi... la prochaine fois que Paris m'accueillera...

Comment ne pas entendre encore aujourd'hui, moi qui ait franchi la Seine et tant de cours d'eaux pour rentrer chez moi, ce voeu ? Comment pourrai-je oublier ce cri animal ?

L'écho me tourmente. Tu as forgé de ta voix le golem du désir souverain...

Son heure approche...