Il est des histoires d'amour que l'on ne commence jamais et qui pourtant, ô paradoxe, ne se sont jamais terminées. Elles vivent encore en nous et brûlent d'un feu inextinguible.
Je me souviens de plusieurs d'entre-elles. C'est un peu l'histoire de toute ma vie, ces histoires jamais commencées et qui auraient changé ma vie et les autres commencées que je n'aurai jamais dues entamer.
Je me souviens de ce métropolitain qui me transportait vers le Cinquième.
Je me souviens du livre que je lisais.
Soudain, un regard, sur moi. Comme une presse.
Je lève la tête, regarde et découvre un adorable condensé de féminité devant moi de l'autre côté de la porte coulissante, qui me sourit de ses yeux lumineux.
Je me retourne, pour voir qui est l'heureux(se) élu(e)...
Derrière moi, personne...
Je me retourne, toujours ce sourire, et tout en me regardant, elle fouille dans son sac et sort un livre...
Le même que le mien...
Il y avait bien peu de chance de rencontrer quelqu'un possédant ce livre là, d'un auteur peu connu, publié dans une maison confidentielle.
Presque aucune...
Le métro s'est arrêté, elle s'est levée, toujours souriante, je n'étais plus qu'une théorie de particules éparses, décomposées, en pleine accélération dans le synchrotron de ses yeux.
Ses yeux n'ont pas quitté les miens...
La porte s'est refermée, le métro s'est ébranlé...
Je ne l'ai jamais revue.
Et pourtant, en moi, son souvenir encore résonne, comme pour bien peu de personnes.
"ô toi que j'eusse aimée, ô toi, qui le savais..."
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