mercredi 22 octobre 2008

Dans un train...



Le train est propice à bien des instants érotiques.

Des rencontres, parfois, mais aussi des occasions de rencontres, que l'on laisse avortées, que l'on laisse s'amorcer et s'étioler, car on ne sait pas, on n'est pas sûr de les lire avec le bon dictionnaire.

Dans un train qui m'emmenait dans une cité ligérienne, une femme, dans la plus belle expression de la maturité, qui rend les femmes aussi exquises qu'un fruit interdit. A côté de moi, dans ces sièges de premières que la Sncf qualifie de solo...

D'emblée son regard s'est attaché à moi, peut-être, sans doute parce que nous allions au même endroit, à la même manifestation.

L'attirance ou la séduction peut naître d'une communauté d'intérêts réduite à une destination identique pour des activités similaires.

Alors que le train parcourait sous un soleil doux la campagne francilienne, elle s'est tournée vers mon siège, tout en en travaillant à son intervention future et proche.

Ce faisant, elle m'offrait le panorama de ses jambes gainées de collants chair, et devant moi, tout en sachant qu'elle était observée, elle croisait et décroisait les jambes, m'offrant parfois le spectacle d'une vue encore plus profonde...

Sans un mot, juste de temps en temps un regard un peu appuyé, juste un peu...

Le voyage est vite passé...

J'ai gardé en cette journée longtemps en moi l'image de ces jambes dévoilées et décroisées... Une image douce et fugitive...

Merci madame de cet instant privilégié.

vendredi 17 octobre 2008

Retour...

Désolé de ce silence, une mission dans les terres de l'est, où les femmes sont blondes comme les blés, et dont les yeux ne cillent pas quand elles croisent un homme qui a leur faveur et leur ferveur.

La vie orientale a toutefois son rythme que le pauvre Gaulois que je suis ne supporte qu'à doses homéopathiques. Alors, avant de reprendre la plume, un peu de vert et de repos dans la campagne sauvage et dépeuplée...

Bien à vous, vous qui venez ici...

lundi 29 septembre 2008

A une passante...

Il est des histoires d'amour que l'on ne commence jamais et qui pourtant, ô paradoxe, ne se sont jamais terminées. Elles vivent encore en nous et brûlent d'un feu inextinguible.

Je me souviens de plusieurs d'entre-elles. C'est un peu l'histoire de toute ma vie, ces histoires jamais commencées et qui auraient changé ma vie et les autres commencées que je n'aurai jamais dues entamer.

Je me souviens de ce métropolitain qui me transportait vers le Cinquième.

Je me souviens du livre que je lisais.

Soudain, un regard, sur moi. Comme une presse.

Je lève la tête, regarde et découvre un adorable condensé de féminité devant moi de l'autre côté de la porte coulissante, qui me sourit de ses yeux lumineux.

Je me retourne, pour voir qui est l'heureux(se) élu(e)...

Derrière moi, personne...

Je me retourne, toujours ce sourire, et tout en me regardant, elle fouille dans son sac et sort un livre...

Le même que le mien...

Il y avait bien peu de chance de rencontrer quelqu'un possédant ce livre là, d'un auteur peu connu, publié dans une maison confidentielle.

Presque aucune...

Le métro s'est arrêté, elle s'est levée, toujours souriante, je n'étais plus qu'une théorie de particules éparses, décomposées, en pleine accélération dans le synchrotron de ses yeux.

Ses yeux n'ont pas quitté les miens...

La porte s'est refermée, le métro s'est ébranlé...

Je ne l'ai jamais revue.

Et pourtant, en moi, son souvenir encore résonne, comme pour bien peu de personnes.

"ô toi que j'eusse aimée, ô toi, qui le savais..."

mercredi 24 septembre 2008

Si...

Si j'étais Gepetto,
Je ne serais toujours pas bien beau,
Vieilli, le dos lourd, les mains usées,
Le visage buriné mais toujours bronzé...

Avant la venue de la maîtresse, je parfumerais mes lèvres à l'Amaretto,
pour donner à mes baisers une saveur sucrée et capiteuse, un parfum nouveau,
qui ferait renaître en la femme mûre et volage,
l'enfant d'avant, si timide bien que peu sage,

Je choisirais le meilleur cuir, la plus belle soie,
L'amour crée certes des liens,
Je préfère les miens...
Je la lierais à mon lit, à un escalier, jamais à moi...

La fenêtre de mon atelier serait ouverte,
A la nuit, tes suppliques seraient offertes,
Et le bruit de nos émois donnerait à la cité,
Comme un parfum sauvage et épicé...

Elle serait alors une égérie, un modèle, un repoussoir,
Pour celles, les autres, les délaissées, les oubliées, les niées,
Elle serait une invite à reprendre la liberté,
L'étreinte n'est ni une ergastule, ni un mouroir...

Son corps, son visage, seraient mon établi,
La moindre de ses aspérités, ses creux, ses plis,
S'offriraient aux coups de mes savants outils,
Et j'aurais du coeur à l'ouvrage, amie...

Je commencerais par là où on n'a jamais commencé,
Son bas droit serait le gant de ma première caresse,
Et puis, souillé de ses flux sacrés,
Je l'enfilerais à nouveau sur sa cuisse avec tendresse...

Je laverais sa toison avec mon meilleur lait, avec les plus grands vins,
Pour goûter le mélange inconnu du profane et des catins,
De son odeur et des liquides agricoles,
Pour ensuite, Barbare, Indien, la souiller de mon sperme frivole...

Qu'écrire du creux de ses reins ?
Aucun chemin n'est étranger à mon apostolat,
Et il est tant, et temps de lustrer de mes lèvres magentas,
Ce pli intime, ce pli étroit, ce creux souverain...

Hélas... Déjà la raison reprend ses droits. Jamais elle n'abandonne,
Et les heures sages leur chant déjà entonnent
Tu n'es pas Gepetto...
Il te manque une Pinocchio...

dimanche 21 septembre 2008

D'Eros à Morphée en terminant par Esculape

Elle dormait.

Moi, je ne dormais plus.

Je me sentais religieux. Je me sentais habité...

J'avais envie de rendre un culte, mais pas à Morphée. J'eusse voulu une autre divinité. Vu mon désir, en effet, Eros me semblait plus approprié.

Elle dormait, du moins, c'est ce que je croyais.

Je me suis approché de son dos, pour me serrer encore plus fort, juste pour savourer le plaisir d'être contre son corps nu.

J'étais tout contre elle, un amant alerte contre sa maîtresse assoupie. Paradoxe nocturne que l'amour pourtant interdit.

Soudain, j'ai senti une de ses mains, prendre mon désir et le guider en elle...

N'était-ce donc pas moi qui dormais et qui rêvais ?

Elle était brûlante, humide, elle m'attendait.

Sans un mot, nous avons commencé notre ronde, sans tendresse, avec fureur, pris par une vigueur animale.

Par le vecteur des élans, elle s'est retrouvée rapidement, perpendiculaire à moi. Nous n'en eûmes cure. Euclide était oublié. Qu'eût-il pu faire devant la force de nos élans et ma main qui agrippait son flanc ? Dans cette tempête, il me fallait bien m'accrocher. J'étais à la fois le radeau et la vague.

Soudain, elle m'a rejeté comme un fétu de paille.

Je me suis retrouvé sur le flanc, comme une bête blessée, mugissant de la douleur causée...

Elle s'est agenouillée. Je compris le message. Je l'ai investie, ainsi, avec une force nouvelle.

Toujours aucun mot, seul l'écho de nos élans.

De plus en plus vite, de plus en plus fort, le lit bougeait avec nous, les draps étaient repoussés...

Tout à coup, elle m'a demandé, elle a exigé, puis, elle a supplié que je jouisse en elle au même-moment qu'elle.

Parfois, j'avoue, je sais être un bon génie. Son voeu fut accordé...

Notre pyramide s'est alors écroulée, elle s'est retournée sur le flanc, comme une bête blessée, à son tour, nos souffles encore hachés.

Nos épanchements intimes avaient suscité des flux qui s'écoulaient libres, encore vivants, tachant les draps après avoir souillé nos deux corps où ils étaient nés.

Ma main reposait sur son ventre, elle tremblait, j'avais chaud.

Nous nous sommes endormis de suite, dans les vapeurs d'Eros, qui toujours, une fois consommées, appellent l'éther de Morphée...

Au matin blême, une pensée troublante, une charmante interrogation... Avais-je rêvé ?

dimanche 14 septembre 2008

J'ose l'émasculation

Et si je m'émasculais...

Et si la prochaine fois, la fois prochaine, d'une main cruelle, d'une main souveraine, je m'émasculais...

Et si je retranchais de moi cette partie qui me fait irrémédiablement homme,

Et si eunuque je devenais, le temps d'un rendez-vous, (rassurez-vous, je ne suis pas encore devenu fou)

Quel beau défi ce serait ! Et pour combien d'hommes une aporie ?

Car j'ai envie de t'aimer sans céder à cette partie de moi, celle qui est mâle. J'ai envie de t'aimer comme le ferait une femme adepte de l"amour qui n'ose dire son nom", sans artifice, ni artefact, ni objet, sans rien d'autre que ce que la nature m'a donné.

T'aimer avec cet arsenal...

T'aimer avec cruauté, car je serai cruel, car blessé.

Ma langue en te caressant ne t'accordera pas le déchirement du plaisir ultime, elle s'arrêtera à temps, ton souffle et ton ventre me le diront, car toujours, sous mon emprise, ils te trahiront, comme ils t'ont trahie...

Je jouerai avec ton bouton, de mille façons, mais surtout de cette façon-là, qui était inconnue de toi, en l'aspirant comme si je voulais l'extirper pour l'avaler et le conserver au plus profond de moi. Je le titillerai, de haut en bas, il sera parcouru, gravi, dix fois, quarante, cent fois, je l'apaiserai, immonde que je serai, de mon souffle, ou je t'aimerai alors de mes yeux...

Je te caresserai comme un païen une idole adulée, de mon regard de profane, de mes yeux de mortel,

J'imprégnerai mon nez de tes parfums, tous, les plus intimes, cette odeur marine, mais aussi les sucs qui s'écoulent sous tes bras, l'eau qui fuit de tes lèvres pétries au four des miennes, tes lèvres seront une farine, mes lèvres seront ton levain.

Et mes doigts et mes mains ne seront pas délaissés, je te les laisserai. Je t'investirai dans tous tes orifices, l'envers et l'endroit, pour te faire chevaucher les destriers du plaisir, et au dernier moment, ma chérie, ils te désarçonneront, tu ne connaîtras la dernière ruade que lorsque je l'aurai décidé. L'eunuque dispose de la reine douairière, relis l'histoire de Chine.

De ton corps brûlant, mes mains souligneront ta géographie. Ils se feront voiles, ils deviendront étoffes, ils seront pinces. Les pics de tes seins n'échappera pas à leur tenaille, tu crieras, en vain, la castration s'accompagne d'une perte de l'audition, tu ne le savais pas, lis donc sur mes lèvres, plus proche, plus près...

Et quand tu ne seras plus qu'une voix, qu'un feu, qu'une supplique, qu'une demande, quand tu seras à genoux, quand tu m'imploras, quand tu me prieras, peut-être, peut-être que tu auras la communion...

jeudi 11 septembre 2008

Les écrins de prose

Je me souviens de la première fois.

Je quittais le collège, elle devait y rester encore une année.

Elle portait, comme prénom, le nom d'une cité de Toscane. Moi qui goûte peu à l'Italie, cela sonnait comme un défi.

Elle était toute imprégnée de cette origine italienne. Un blond que l'on dit vénitien avait, un jour péninsulaire, trempé ses cheveux. Une blancheur de lait calabrais donnait à sa peau un air de parchemin. Et elle portait un nom de Toscane...

J'étais terrorisé, ce jour-là. Elle, très assurée, sereine car certaine.

Je me souviens de tout, comme si c'était maintenant.

Le canapé, des baisers, des baisers. Et puis, elle se lève, sa main tirant la mienne, nous emmenant dans sa chambre d'enfant. Sa jupe verte, à terre, ses collants noirs qu'elle a gardés, le temps que nous nous sommes restés allongés, pour poursuivre nos baisers, son petit pull noir, son soutien-gorge couleur chair, sa culotte en coton blanc...

Aucune tenue pourtant ne m'a jamais autant bouleversé que celle-là, dépareillée, quotidienne, ordinaire, des écrins de prose, moi qui rêvait, déjà, d'étoffes de poésie. J'aurai dû lui voler ces écrins de prose, pour les garder à jamais, dans un cahier de collège, coincés entre deux pages surchargées d'encre violette.

J'ai... non, nous avons retiré ses collants, un peu humides, à un certain endroit, puis ce morceau de coton, qui l'était beaucoup plus, elle m'a attiré en elle, avec un sourire, qui aujourd'hui encore me brûle le coeur, comme un tison ardent la plaie imposée par la tarentule insulaire.

Je me souviens de cette brûlure, de cet étau, de cette chaleur qui m'a envahi, comme transpercé. Je me souviens avoir pleuré. Je me souviens qu'elle m'a serré plus fort, en se taisant, il est des joies orphelines qui ne demandent que le silence.

Je me souviens de ces yeux emplis de moi, tandis que je la comblais de mon désir pour la première fois rangé, où l'anatomie le prescrit. Je me souviens qu'elle m'a dit "il faut bouger", j'étais comme paralysé par le venin de ses yeux, par le poison de son corps. Elle était vraiment florentine, une vraie Borgia.

Dans mon esprit masculin, j'ai retrouvé la mobilité. Je n'ai jamais su si elle avait du plaisir, le vrai, le souverain. Je me souviens à peine du mien. Etait-ce si important ? Ne devions-nous pas nous contenter de l'étreinte ? Je n'en ai jamais rien su, ni avoir jamais rien lu à ce sujet.

Mais, je me souviens d'après.

Car c'était bien, sur le canapé, à goûter des gâteaux sucrés, en buvant une boisson chocolatée.

L'homme, à peine né, ne veut pas quitter l'enfance.

Et pourtant, ce chocolat ne m'a jamais ramené à ce temps-là, ce temps d'avant, quand j'étais au seuil de sa porte, au seuil de ma naissance masculine, elle, qui était déjà une femme...elle, qui m'a fait homme...